Le statut S concerne aujourd’hui une écrasante majorité de personnes ayant fui la guerre en Ukraine. Ce permis leur donne notamment le droit de travailler, moyennant une simple annonce aux autorités compétentes. Pour les entreprises, il s’agit d’une opportunité d’engager des employés souvent hautement qualifiés et très motivés.

Environ 40’000 réfugiés ukrainiens adultes séjournent aujourd’hui en Suisse en qualité de "personnes à protéger" (statut S). Fin novembre 2025, environ 46% des titulaires d’un permis S en âge de travailler avaient réussi à trouver un emploi après trois ans passés sur le territoire helvétique, selon le Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Parmi les quelque 16'000 ressortissants actuellement embauchés à l’échelle nationale, 19% travaillent dans la planification, le conseil ou l’informatique, 17% dans l’hôtellerie et la restauration, 7% dans les prestations ou services personnels, 5% dans l’enseignement, et 5% dans l’hébergement social et les œuvres sociales.
"La plupart des embauches ont lieu dans des secteurs en pénurie de main d’œuvre", observe Hugo Houbart, coordinateur de refugees[at]work, une initiative cantonale genevoise réunissant les institutions engagées dans l’insertion professionnelle des personnes réfugiées et le secteur privé. En octobre 2025, le Conseil fédéral a annoncé que les titulaires de permis S pouvaient être embauchés sans l’aval des autorités cantonales. Désormais, une simple annonce via le portail EasyGov suffit. "Cette simplification de la procédure a été bien accueillie par les employeurs. Désormais, les personnes titulaires d’un statut S constituent un vivier de main d’œuvre disponible immédiatement", poursuit Hugo Houbart.
Reconnaître les compétences
De nombreux réfugiés ont des profils hautement qualifiés. "La question de la reconnaissance des diplômes est particulièrement importante", dit Élisabeth Alfs-Lapraz, responsable des relations publiques de l’Association Intégration Suisse. Or, les titres universitaires ukrainiens relevant de domaines réglementés (avocat, médecin, enseignants) ne sont pas reconnus en Suisse. "Le risque de gaspillage de compétences est donc réel si les employeurs ne disposent pas d’informations claires pour évaluer et valoriser ces profils." Des outils de recherche tels que le site reconnaissance.swiss permettent par exemple d’orienter l’employeur ou le demandeur d’emploi vers l’autorité compétente afin d’évaluer son cas.
Tenir compte de certaines contraintes
La barrière de la langue est un des enjeux majeurs de l’insertion professionnelle des personnes à protéger. "De nombreux postes exigent encore un niveau de langue proche de celui de la langue maternelle. Pourtant, il suffit souvent d’un niveau B1 pour assurer déjà un bon niveau de compréhension et d’expression. En cas de confusion, on peut avoir recours à des outils de traduction automatique ou à des langues tierces, comme l’anglais", détaille Élisabeth Alfs-Lapraz.
Les personnes pouvant prétendre à des postes hautement qualifiés, comme ceux de cadre dans une grande entreprise, optent souvent pour un emploi intermédiaire pendant la période d’apprentissage d’une des langues nationales, avant de se rediriger vers des postes à responsabilité après avoir atteint un niveau avancé. "Trois ans après l’arrivée des premiers réfugiés, nous recensons déjà quelques recrutements à des postes à responsabilité dans le négoce des matières premières, par exemple", indique Hugo Houbart, coordinateur de refugees[at]work.
Par ailleurs, environ deux tiers des personnes à protéger sont des femmes, dont certaines doivent assurer la garde de leurs enfants. Alors que la pénurie de capacité en accueil de jour constitue un obstacle important pour ces profils, les entreprises peuvent toutefois simplifier leur embauche en offrant des contrats à temps partiel. "Octroyer des horaires flexibles ou une organisation facilitant la conciliation entre le travail et les responsabilités familiales peuvent faire une réelle différence", conseille Élisabeth Alfs-Lapraz.
Employés motivés
Au-delà de la dimension économique, embaucher du personnel venu d’Ukraine peut aussi bénéficier humainement aux entreprises. Le délégué à l’intégration au marché du travail du Département fédéral de justice et police Adrian Gerber rappelle que de nombreux réfugiés ukrainiens ont perdu leur activité professionnelle et leur statut en fuyant la guerre. "Beaucoup sont d’autant plus motivées à se former et à s’intégrer professionnellement afin d’acquérir et de conserver des compétences pour leur carrière en Suisse ou en Ukraine." Un constat qui ressort également dans les retours d’expérience des employeurs. "Généralement, les entreprises sont très satisfaites de s’être engagée avec une personne titulaire d’un permis S", souligne Sepala Megert, directeur de l’Association Insertion Suisse.
Trois ans après le début de la guerre, le cadre juridique a été simplifié, et le potentiel est là. Reste désormais aux entreprises de saisir cette opportunité.
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Soutien de la Confédération et des cantons
Chaque canton dispose de mesures d’accompagnement vers l’insertion professionnelle pour les personnes à protéger. En parallèle, la Confédération a mis en place un programme pilote d’aides financières pour soutenir les politiques d’intégration mises en place par les cantons, à hauteur de 5 millions de francs par an jusqu’en 2027. À Genève, par exemple, le Programme d’aide vers l’emploi (PAVE) prend en charge jusqu’à 40% du salaire d’un réfugié pendant les six premiers mois d’activité, à condition de lui offrir un contrat à durée indéterminée (avec une activité minimum de 80%, pendant au moins 18 mois). "Pour les personnes de 50 ans et plus, cette prise en charge peut même être prolongée jusqu’à 12 mois", précise Hugo Houbart, coordinateur de refugees[at]work. Les entreprises qui envisagent d’embaucher une personne titulaire d’un permis S doivent s’adresser à l’autorité cantonale compétente pour connaître les conditions d’octroi de ses aides. Un lien vers la liste des autorités cantonales compétentes est indiqué ci-dessous (sous l’onglet "Nous avons un poste à pourvoir").
Dernière modification 07.01.2026