"La Cementit ne représente plus que 1% de nos revenus"

Portrait de Georges Bindschedler, directeur de Merz+Benteli.

Connu en Suisse comme fabricant de la Cementit, la société Merz + Benteli s’est également spécialisée dans le marché en pleine croissance des colles industrielles. Entretien avec son directeur Georges Bindschedler.

L'industrie de la fixation connaît une véritable révolution. De plus en plus, les clous, les vis et même les soudures sont remplacés par des colles ultra fortes, plus légères et faciles à mettre en œuvre. Ce marché en pleine croissance, c'est le créneau de l'entreprise familiale Merz + Benteli, fondée en 1918 et basée à Niederwangen dans le canton de Berne. La société de 85 employés produit non seulement de la colle, mais aussi des mastics et des silicones. Elle réalise un chiffre d'affaires d'environ CHF 40 millions, travaillant notamment pour les secteurs des transports et de la construction.

Vous produisez la colle Cementit, une marque très connue en Suisse. Quelle part de votre chiffre d'affaires représente-t-elle?

Georges Bindschedler: La Cementit a fait la renommée de notre entreprise. Depuis son invention dans les années 1930, elle est s'est imposée comme la colle des bricoleurs et des ménages en Suisse. Or, à l'époque, Walter Merz et Albert Benteli l'avaient développée pour coller du phosphore sur les cadrans et les aiguilles des montres, afin de pouvoir lire l'heure dans l'obscurité. Il s'agissait de la première colle entièrement synthétique, obtenue en mélangeant de la résine artificielle et de la cellulose. Aujourd'hui, la Cementit ne représente plus que 1% de notre chiffre d'affaires.

D'où proviennent vos revenus?

Bindschedler: Merz + Benteli s'est spécialisé dans la colle industrielle, les mastics et les silicones. L'entreprise a en particulier profité du boom de la construction des années 1950 et de l'augmentation de l'usage de la colle dans l'industrie à partir des années 1980. Aujourd'hui, nos produits servent par exemple à améliorer de façon permanente l'étanchéité des fenêtres et des toitures dans les bâtiments. Nos innovations en matière d'adhérence et d'élasticité sont aussi utiles dans le secteur de l'automobile, notamment pour une meilleure fixation des pare-brises des voitures. En Suisse, nous commercialisons nos produits sous nos marques Gomastit et Merbenit, que nous vendons directement aux artisans ou à travers notre réseau de grossistes.

Quelle quantité de colle fabriquez-vous chaque année?

Bindschedler: Nous utilisons environ 7'000 tonnes de matières premières, qui permettent de fabriquer une quantité équivalente de colle. L'ensemble de notre production se fait sur notre site de Niederwangen, dans le canton de Berne. Nos matières premières principales sont des polymères, de la craie (carbonate de calcium précipité) et d'autres composants comme des substances amollissantes et des catalysateurs.

Avez-vous pris des mesures particulières pour réduire l'impact de vos produits sur l'environnement?

Bindschedler: Nous réalisons un tri systématique de nos déchets. Nous nous équipons de machines à faible chaleur d'échappement et isolons nos bâtiments. Dans la fabrication de nos colles, nous veillons à développer des formules pour remplacer graduellement l'usage du zinc comme catalysateur ou des phtalates, des substances chimiques jugées nocives pour la santé. Actuellement, nous étudions de nouveaux produits qui contiendraient des matières premières naturelles et renouvelables. Nos diverses certifications attestent que nous fabriquons des produits à faible émission (Emicode EC1) et conformes au standard Minergie. Cependant, nous avons constaté que le label vert n'est pas encore un argument de vente pour notre clientèle, qui préfère acheter des produits qu'elle connaît et qui ont fait leurs preuves.

La Suisse est-elle votre principal marché?

Bindschedler: Non. Nous consacrons 80% de notre activité à fabriquer des produits pour des marques tierces en Europe. Ces colles sont vendues dans des chaînes Do-it-yourself, d'autres sont utilisées dans les secteurs de la construction navale ou encore de la carrosserie. Pour les clients, nous développons des produits spécifiques ou adaptons notre production existante pour compléter leurs gammes. Comme nous ne vendons aucune de nos marques propres à l'étranger, nous ne sommes pas des concurrents directs. Les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) ainsi que les pays d'Europe du Nord représentent deux tiers de notre marché.

Quel rôle joue aujourd'hui la colle dans les procédés d'assemblage?

Bindschedler: Le marché de la colle est en pleine croissance, car il s'agit d'une technique bon marché, simple et applicable dans la majorité des domaines industriels. Par exemple, en remplaçant l'assemblage mécanique dans une voiture par le collage de pièces, on réduit le poids du véhicule de près de 80 kg. De ce point de vue, la colle est plus écologique. L'aéronautique a également décidé d'exploiter les avantages de la colle: le Boeing 787 (Dreamliner), qui peut transporter plus de 300 passagers, contient bien plus de pièces collées que dans un avion de ligne construit il y a 20 ans.

Comment voyez-vous l'avenir de votre entreprise?

Bindschedler: Nous allons développer de nouveaux produits encore plus performants pour des applications industrielles dans les secteurs de l'automobile et des transports. Nous mettons l'accent sur la qualité de nos produits et non sur les quantités fabriquées. Nous visons une croissance annuelle de 5%, ce qui est un réel challenge avec la conjoncture actuelle. Car depuis 2008 et en raison du franc fort, nous avons perdu près de 30% de notre marge. Mais grâce à la modernisation de nos machines et à nos efforts de rationalisation, nous avons quand même pu augmenter notre production de 5 à 10% par année, sans pour autant engager de nouveaux collaborateurs. Nous avons également pu maintenir notre chiffre d'affaires annuel autour de CHF 40 millions.


Informations

Biographie

Portrait de Georges Bindschedler, directeur de Merz+Benteli.

Docteur en droit et notaire, Georges Bindschedler (1953) est CEO de Merz + Benteli depuis 2006. Après son stage d’avocat, il débute sa carrière à la Société de banque suisse à Bâle. En 1983, il rejoint le groupe Von Graffenried à Berne, spécialisé dans la gestion de fortune, la fiduciaire, l’immobilier et les affaires juridiques et notariales. Il y exerce diverses fonctions, avant de devenir CEO du groupe et président du conseil d’administration. En 2003, il entre chez Gullotti and Partner Management and Consulting Services à Berne et mène parallèlement plusieurs mandats d’administrateur pour des entreprises, des fondations et des groupes d’investisseurs. Il est l’auteur de nombreuses publications et allocutions dans les domaines du management et des médias.

Dernière modification 20.08.2015

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