"L’amabilité envers le client ne coûte rien"

La société grisonne de remontées mécaniques Savognin Bergbahnen a vu sa fréquentation diminuer en raison du franc fort. Sa directrice Manuela Seeli explique comment elle compte revaloriser son domaine skiable.

L'entreprise Savognin Bergbahnen gère un domaine skiable comprenant 80 kilomètres de pistes dans le district d'Albula aux Grisons. Onze remontées mécaniques, deux restaurants de montagne, un camping et la location d'hébergements collectifs occupent 30 collaborateurs à plein temps et 90 saisonniers durant l'hiver. La PME réalise 95% de son chiffre d'affaires annuel (CHF 10,5 millions) uniquement dans la période de Noël aux vacances de février. Pour son 50ème anniversaire, Savognin Bergbahnen s'apprête à mettre en service une nouvelle installation, dont les cabines peuvent transporter chacune jusqu'à dix personnes et leurs équipements. La Grisonne Manuela Seeli a repris la direction de l'entreprise en octobre 2012.

La station de Savognin a-t-elle un public cible particulier?

Manuela Seeli: Notre stratégie commerciale vise à encourager les enfants à pratiquer les sports d'hiver. Dès lors, nous nous positionnons clairement comme une station à vocation familiale. Nous proposons des séjours tout compris. L'innovation a toujours marqué notre histoire: dans les année 1970, nous avons lancé un autocollant "Mein Ziel ist Savognin", qui a fait le tour du pays. Il y a 30 ans, nous avons aussi été pionnier européen dans l'utilisation des canons à neige. Cette année, nous serons la première station suisse à mettre en service des télécabines à 10 places.

Cette nouvelle installation a été financée par une famille autrichienne. Pourquoi?

Seeli: Les trois grands actionnaires des Savognin Bergbahnen souhaitaient remettre leurs actions en raison de leur âge avancé. Ils ont ainsi cherché des investisseurs capables de perpétuer l'esprit de la marque Savognin. Les deux familles autrichiennes Schröcksnadel und Schmidl, qui ont relevé le défi, possèdent déjà huit stations familiales dans leur pays. Elles sont déjà à nos côtés depuis deux ans.

Quelle part de votre clientèle vient de l'étranger?

Seeli: Depuis de nombreuses années, hiver comme été, 70% de notre clientèle provient de Suisse. Le reste de nos hôtes vient d'Allemagne (20%), du Bénélux (8%) et un peu d'Italie. Avec des pistes situées entre 1'600 et 2'700 mètres d'altitude, nous restons une station de haute montagne.

Quelle a été l'incidence du franc fort sur votre fréquentation?

Seeli: Bien que Savognin soit moins dépendant de la clientèle étrangère que d'autres stations du canton, nous avons enregistré une baisse de fréquentation des touristes européens l'année dernière. Mais ce sont nos hôtes suisses qui nous ont causé le plus de soucis. En raison du taux de change très favorable, beaucoup d'entre eux sont allés skier à l'étranger. De Zurich, Savognin est aussi éloigné que d'excellentes stations autrichiennes, dont les prix sont devenus très attractifs.

Quelles mesures avez-vous imaginées pour fidéliser ces hôtes suisses?

Seeli: Nous ne pouvions pas nous permettre de jouer sur les prix en raison de nos très gros investissements dans les infrastructures de remontées mécaniques. En revanche, nous pouvons encore améliorer le rapport qualité-prix de nos prestations. L'amabilité de nos collaborateurs, leur disponibilité, la capacité à surprendre nos clients ne coûtent presque rien, mais représente un service très apprécié. Par exemple, le simple fait de servir une boisson chaude gratuite à l'arrivée d'un télésiège un jour de janvier par -20°C constitue un geste certes modeste mais mémorable pour les skieurs.

Et qu'allez-vous entreprendre pour regagner votre clientèle européenne?

Seeli: En Allemagne du Sud, nous proposons des offres spéciales à des entreprises de transport avec lesquelles nous collaborons depuis plusieurs années. Ce sont des partenaires de longue date, qui tiennent à Savognin et qui nous garantissent un certain volume de clients.

Comment voyez-vous l'avenir de Savognin Bergbahnen ?

Seeli: Nous allons continuer à nous positionner comme station familiale et à miser sur les atouts de notre domaine skiable de haute montagne. Savognin n'a presque aucune chance sur les marchés asiatiques, restant trop éloignée des grandes agglomérations et ne bénéficiant pas d'attractions naturelles comme le Cervin ou la Jungfrau. En revanche, nous allons démarcher les pays de l'Est où le ski connaît actuellement un véritable essor. Enfin, nous allons travailler sur des stratégies marketing pour revaloriser la marque Savognin, qui a perdu en visibilité ces dernières années.


Informations

Biographie

Portrait de Manuela Seeli, directrice de Savognin Bergbahnen.

Native de Churwalden dans le canton des Grisons, Manuela Seeli (1974) a suivi des études d’économie. De 1998 à 2003, elle travaille comme responsable des ventes dans des entreprises de remontées mécaniques aux Grisons. Elle dirige ensuite divers établissements hôteliers dans les régions de Laax (GR), de la Jungfrau (BE) et à Flumserberg (SG). A partir de 2007, elle rejoint la société Lenzerheide Bergbahnen comme directrice administrative et financière. En octobre 2012, Manuela Seeli devient la première femme à la direction de Savognin Bergbahnen.

Dernière modification 20.08.2015

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